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À sec, à flot — comprendre les deux extrêmes de l’eau Ouvrir la carte

LES DONNÉES · PUBLIÉ LE · LECTURE 7 MIN

14 081 communes ont connu la sécheresse et l’inondation

L’ESSENTIEL
  • 14 081 communes françaises ont été reconnues en état de catastrophe naturelle à la fois pour la sécheresse et pour l’inondation entre 1982 et 2025.
  • Cela représente 40,7 % des 34 589 communes qui portent au moins un arrêté de catastrophe naturelle lié à l’eau.
  • 99,2 % des communes reconnues pour la sécheresse le sont aussi pour l’inondation. Seules 113 communes en France ont connu l’une sans jamais connaître l’autre.
  • 1 832 communes portent un arrêté sécheresse et un arrêté inondation pour la même année civile.
  • Parmi les 14 081 communes doublement exposées, 7 554 — soit 54 % — n’ont aucun plan de prévention opposable, ni pour l’inondation ni pour la sécheresse.
Paysage rural où un champ à la terre craquelée par la sécheresse jouxte un chemin de village recouvert par l’eau
Sol argileux fissuré et voirie submergée relèvent de deux régimes d’indemnisation distincts, mais d’un même article du code des assurances.

La thèse de ce site tient en une phrase : la sécheresse et l’inondation frappent les mêmes communes. Ce n’était jusqu’ici qu’une conviction de terrain. Nous l’avons mesurée sur la base officielle des arrêtés de catastrophe naturelle.

Le résultat est plus net que prévu. Sur les 34 589 communes ayant au moins un arrêté lié à l’eau depuis 1982, 14 081 en ont un pour la sécheresse et un pour l’inondation. Et l’inverse est presque une règle absolue.

Le compte : 14 081 communes sur 34 589

Un arrêté de catastrophe naturelle est un acte interministériel publié au Journal officiel. Il désigne une commune, une période et un phénomène. Depuis 1982, l’État en a publié des dizaines de milliers, et la base GASPAR du portail Géorisques les recense tous.

Nous avons repris cette base et rangé chaque commune dans une seule des trois cases possibles : reconnue pour l’inondation seule, pour la sécheresse seule, ou pour les deux. Une commune n’est comptée qu’une fois, quel que soit son nombre d’arrêtés.

LES 34 589 COMMUNES AYANT AU MOINS UN ARRÊTÉ 20 395 inondation seule — 59,0 % 14 081 les deux extrêmes — 40,7 % 113 communes — sécheresse seule (0,3 %) LES 14 194 COMMUNES RECONNUES POUR LA SÉCHERESSE 14 081 également reconnues pour l’inondation — 99,2 % 113 communes — 0,8 % Source : base GASPAR des arrêtés de catastrophe naturelle, version du 23 août 2026, période 1982-2025. Calcul À sec, à flot.

La lecture est immédiate. La barre du haut se partage en deux blocs presque comparables : les communes touchées par l’inondation seule, et celles touchées par les deux. Le troisième bloc, la sécheresse seule, est un trait.

Pourquoi 113 communes seulement échappent à la règle

Le chiffre le plus solide de cette analyse n’est pas le premier. Il est dans la seconde barre : sur 14 194 communes reconnues au moins une fois pour la sécheresse, 14 081 le sont aussi pour l’inondation. Il en reste 113.

La cause est mécanique. Le retrait-gonflement des sols argileux suppose de l’argile ; les sols argileux sont des sols de plaine, de vallée et de bassin sédimentaire. Ce sont exactement les terrains que traversent les rivières, et où l’eau de ruissellement s’accumule au lieu de s’infiltrer.

Une commune bâtie sur l’argile est donc, par construction, une commune où l’eau circule mal. Elle se fissure l’été et se remplit l’hiver, pour la même raison géologique.

Le point que tout le monde rate. On se prépare rarement aux deux. Un propriétaire qui a vécu une reconnaissance sécheresse surveille ses fissures et oublie ses seuils de porte ; un riverain de rivière fait l’inverse. Les 14 081 communes doublement reconnues disent que ces deux réflexes concernent souvent la même adresse.

Ce que la loi dit des deux extrêmes

Les deux phénomènes sont indemnisés par le même régime, créé par la loi du 13 juillet 1982. L’article L125-1 du code des assurances, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2024, les définit dans une seule phrase :

« Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel ou également, pour les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, la succession anormale d’événements de sécheresse d’ampleur significative, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises. » Article L125-1 du code des assurances, version en vigueur au 1er janvier 2024.

Deux notions d’anormalité coexistent donc dans le même texte. Pour une crue, c’est l’intensité anormale d’un événement. Pour la sécheresse, c’est la succession anormale d’épisodes : le dommage vient de la répétition, pas d’un jour précis.

Cette différence explique un décalage que beaucoup de sinistrés découvrent trop tard. Un arrêté inondation vise quelques jours ; un arrêté sécheresse vise un trimestre entier, et il paraît souvent plus d’un an après les fissures.

Les années qui ont fait basculer le compteur

La double exposition ne s’est pas construite régulièrement. Deux années pèsent bien plus lourd que les autres dans le fichier.

LES ANNÉES LES PLUS ÉTENDUES, EN NOMBRE DE COMMUNES RECONNUES
AnnéePhénomèneCommunes
1999Inondation27 816
1982Inondation16 716
1983Inondation7 764
2022Sécheresse6 894
2003Sécheresse4 352
2018Sécheresse4 053

L’année 1999 est hors norme : 27 816 communes y sont reconnues pour l’inondation, à la suite des tempêtes et des crues de la fin décembre. C’est plus des trois quarts du fichier en une seule année.

Côté sécheresse, le sommet est récent : 6 894 communes en 2022, devant 2003 (4 352 communes) et 2018 (4 053 communes). Les trois années les plus étendues pour la sécheresse sont postérieures à 2000.

1 832 communes cumulent un arrêté sécheresse et un arrêté inondation pour la même année civile. Et 8 820 communes portent au moins deux arrêtés de chaque côté : pour elles, l’alternance est un régime durable.

Où la double exposition est la plus dense

Elle n’est pas répartie au hasard. Le Sud-Ouest argileux domine largement le classement, suivi des vallées de la Garonne et du bassin aquitain.

PART DES COMMUNES DOUBLEMENT RECONNUES, PAR DÉPARTEMENT
DépartementCommunes concernéesPart
Gers454 sur 45899,1 %
Tarn-et-Garonne191 sur 19597,9 %
Lot-et-Garonne309 sur 31996,9 %
Vaucluse139 sur 15192,1 %
Indre218 sur 24190,5 %

En volume, ce sont la Haute-Garonne (510 communes), la Moselle (479), la Gironde (460), le Gers (454) et la Dordogne (441) qui comptent le plus de communes doublement reconnues.

Un chiffre mérite d’être isolé. Parmi les 14 081 communes concernées, 7 554 n’ont ni plan de prévention du risque inondation ni plan de prévention du risque sécheresse opposable — soit 54 % d’entre elles. La reconnaissance après coup y est acquise ; l’encadrement de l’urbanisme en amont, non.

Comment ces chiffres ont été calculés

Le périmètre compte autant que le résultat, alors le voici en clair.

  1. Source : la base GASPAR des arrêtés de catastrophe naturelle, publiée en données ouvertes par le ministère chargé de l’écologie sur Géorisques. Version téléchargée le 23 août 2026.
  2. Période : de 1982, année de création du régime, à 2025. L’année retenue est celle du début de l’événement, pas celle de la publication de l’arrêté.
  3. Phénomènes : côté « à flot », les inondations et coulées de boue, les submersions marines et les remontées de nappe. Côté « à sec », les mouvements de terrain différentiels liés au retrait-gonflement des argiles.
  4. Unité de compte : la commune, comptée une seule fois. Une commune avec dix arrêtés inondation pèse autant qu’une commune avec un seul.
  5. Dénominateur : les 34 589 communes existant aujourd’hui qui portent au moins un arrêté de ce type. Les codes de communes disparues depuis 1982 (fusions, renommages) sont écartés faute de rattachement fiable. À titre de repère, l’API géographique de l’État recensait 34 969 communes au 3 septembre 2026.

Ce dernier point mérite d’être dit franchement : 98,9 % des communes françaises portent au moins un arrêté de catastrophe naturelle lié à l’eau. La question utile n’est donc pas de savoir si votre commune en a un — elle en a presque certainement un.

Ce que ce chiffre change pour vous

Un arrêté porte sur une commune entière et sur une période, jamais sur une adresse. Il ne dit pas que votre maison a été touchée, ni qu’elle le sera. Il dit qu’un phénomène d’intensité ou de répétition anormale y a été officiellement constaté.

Ce qu’il change, c’est la question à se poser. Si votre commune figure parmi les 14 081, il y a deux historiques à regarder, pas un : la carte d’À sec, à flot affiche pour chaque commune les années de sécheresse et les années d’inondation côte à côte, et le diagnostic de votre logement croise ces données avec votre terrain et votre bâti.

Si l’examen conclut à une exposition réelle à l’eau qui entre, des protections existent : permanentes, périmétriques ou amovibles selon la configuration du bâtiment et la hauteur d’eau attendue. SEDIPEC, éditeur d’À sec, à flot, en distribue plusieurs familles, et les préconisations reposent sur l’analyse de l’aléa, du terrain et du bâti — jamais sur un fabricant choisi à l’avance. Notre modèle, en clair.

Questions fréquentes

Combien de communes françaises ont été reconnues en catastrophe naturelle pour la sécheresse et pour l’inondation ?

14 081 communes, soit 40,7 % des 34 589 communes portant au moins un arrêté lié à l’eau depuis 1982. Le calcul a été fait par À sec, à flot sur la base GASPAR des arrêtés de catastrophe naturelle, dans sa version du 23 août 2026, en comptant chaque commune une seule fois.

Une commune peut-elle être reconnue pour la sécheresse sans jamais l’être pour l’inondation ?

C’est possible, mais très rare : 113 communes seulement sont dans ce cas, sur les 14 194 qui portent au moins un arrêté sécheresse. Autrement dit, 99,2 % des communes reconnues pour la sécheresse ont aussi au moins un arrêté inondation à leur historique depuis 1982.

La sécheresse et l’inondation peuvent-elles frapper la même commune la même année ?

Oui, et 1 832 communes l’ont vécu : elles portent un arrêté sécheresse et un arrêté inondation pour la même année civile. Cela représente 5,3 % des communes du fichier. Les deux phénomènes relèvent de mécanismes distincts et ne s’excluent pas dans le temps.

Un arrêté de catastrophe naturelle signifie-t-il que ma maison est en danger ?

Non. L’arrêté porte sur une commune entière et sur une période donnée, pas sur une adresse. Il indique qu’un phénomène d’intensité anormale y a été reconnu et que la garantie catastrophe naturelle a été ouverte. L’exposition de votre logement dépend de son terrain, de son bâti et de son altitude.

Où consulter l’historique des arrêtés de catastrophe naturelle de ma commune ?

Le portail Géorisques du ministère chargé de l’écologie publie la base GASPAR, qui recense tous les arrêtés depuis 1982. La carte d’À sec, à flot restitue ces mêmes données commune par commune, en distinguant les années de sécheresse des années d’inondation.

SOURCES — VÉRIFIÉES LE 3 SEPTEMBRE 2026

Géorisques — base GASPAR des arrêtés de catastrophe naturelle (dump du 23 août 2026, période 1982-2025) · Légifrance — article L125-1 du code des assurances (version en vigueur au 1er janvier 2024) · API géographique de l’État — référentiel des communes (34 969 communes au 3 septembre 2026) · Géorisques — retrait-gonflement des argiles · calcul et restitution : la carte d’À sec, à flot, Mon logement et Les données.

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