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À FLOT — LE TERRAIN · PUBLIÉ LE · LECTURE 4 MIN

Après un incendie, pourquoi le risque d'inondation augmente

L'ESSENTIEL
  • Un sol brûlé absorbe beaucoup moins la pluie : la végétation qui l'interceptait a disparu, et la chaleur du feu peut rendre la surface du sol déperlante (hydrophobe).
  • Mesuré en France : après l'incendie d'août 1990, le bassin du Rimbaud (Var), brûlé à 85 %, a écoulé environ 30 % d'eau en plus la première année (mesures Cemagref).
  • Le sur-risque dure plusieurs saisons de pluie, le temps que la végétation et la litière se reconstituent.
  • En aval d'un versant brûlé : se signaler en mairie, s'inscrire aux alertes, et se méfier des premiers gros orages qui suivent le feu.
Versant de colline aux troncs carbonisés et au sol nu dominant un village aux toits de tuiles intact — illustration générée
Illustration générée — aucun lieu réel identifiable. Le danger a changé de nature : ce versant ne brûle plus, mais il ne retient plus l'eau.

L'incendie est éteint, les regards se détournent. C'est pourtant là qu'un second risque s'installe, plus discret : le versant brûlé ne joue plus son rôle d'éponge. À la première pluie soutenue, l'eau qui aurait été retenue par la forêt dévale — plus vite, plus chargée, plus haut.

Que se passe-t-il dans un sol après le feu ?

Trois mécanismes se cumulent. D'abord, la végétation et la litière — feuilles mortes, branchages, mousses — qui interceptaient la pluie et freinaient l'eau ont disparu. Le sol reçoit la pluie de plein fouet.

Ensuite, la chaleur du feu peut rendre la surface déperlante : des composés organiques vaporisés par la combustion se condensent dans les premiers centimètres du sol et y forment une couche qui repousse l'eau — on parle de sol hydrophobe. Enfin, les cendres fines colmatent les pores du sol. Résultat : l'eau ruisselle au lieu de s'infiltrer.

AVANT LE FEU APRÈS LE FEU La pluie s'infiltre : le sol fait éponge La pluie ruisselle : l'eau dévale vers l'aval

Combien d'eau en plus ? L'exemple mesuré du Rimbaud

Le phénomène a été mesuré en France, sur un petit bassin versant instrumenté depuis 1967 : le Rimbaud, dans le massif des Maures (Var), 1,46 km². En août 1990, un incendie y détruit 85 % de la couverture végétale. Les hydrologues du Cemagref (devenu INRAE) comparent alors ce que le bassin écoule à ce qu'il aurait écoulé sans le feu.

Le résultat, publié dans le Journal of Hydrology : environ 30 % d'écoulement annuel en plus la première année, et une réponse aux pluies profondément modifiée — les crues partent plus vite. L'effet s'atténue ensuite avec la repousse de la végétation.

Le point que tout le monde rate : le danger ne se joue pas pendant l'incendie, il arrive avec les premières grosses pluies d'après — souvent aux orages d'automne, quand plus personne ne pense au feu de l'été.

Le ruissellement emporte aussi le sol

L'eau qui dévale un versant nu ne descend pas seule : elle ravine, arrache cendres et terre, charrie des débris. En aval, cela se traduit par des coulées de boue, des fossés et réseaux pluviaux obstrués, des cours d'eau qui débordent plus tôt. Le BRGM a étudié ce ruissellement et cette érosion post-incendie dans le Var, autour de Bormes-les-Mimosas, après les feux de 2017.

Qui surveille, et que faire si j'habite en aval ?

Après un incendie important, l'Office national des forêts et ses services de Restauration des terrains en montagne (RTM) évaluent l'évolution des risques de crues, de ravinement et de coulées de boue, et peuvent prescrire des travaux d'urgence — fascines, barrages filtrants, revégétalisation. Si vous vivez en contrebas d'un versant brûlé :

  1. Signalez-vous en mairie et demandez si une évaluation post-incendie a été menée sur le versant ;
  2. Inscrivez-vous aux alertes : la vigilance pluie-inondation de Météo-France, et les e-mails d'À sec, à flot pour la vigilance crue de votre secteur ;
  3. Lors d'un orage intense, éloignez-vous des points bas, des ravins et des cours d'eau même modestes : les crues post-incendie sont soudaines et chargées de débris ;
  4. Vérifiez votre exposition : la page Mon logement lit à votre adresse les données publiques d'inondation, de ruissellement et de remontée de nappe.

Questions fréquentes

Pourquoi un sol brûlé n'absorbe-t-il plus la pluie ?

Trois mécanismes se cumulent. La végétation et la litière qui interceptaient et freinaient la pluie ont disparu. La chaleur du feu peut rendre la surface du sol déperlante : des composés organiques vaporisés se condensent dans les premiers centimètres et forment une couche qui repousse l'eau. Enfin, les cendres fines colmatent les pores du sol. L'eau ruisselle au lieu de s'infiltrer.

Combien de temps dure le sur-risque d'inondation après un incendie ?

Tant que la végétation et la litière ne se sont pas reconstituées. Les mesures françaises du bassin du Rimbaud (Var), brûlé à 85 % en août 1990, montrent un effet marqué dès la première année : environ 30 % d'écoulement annuel en plus. L'effet s'atténue ensuite avec la repousse, à un rythme qui dépend du climat et du sol.

Qui surveille les versants brûlés en France ?

Après un incendie, l'Office national des forêts et ses services de Restauration des terrains en montagne (RTM) évaluent l'évolution des risques de crues, de ravinement et de coulées de boue, et peuvent prescrire des travaux d'urgence. La commune reste l'interlocuteur de proximité : c'est elle qui relaie les consignes aux habitants situés en aval.

J'habite en contrebas d'une colline incendiée : que faire ?

Signalez-vous en mairie et demandez si une évaluation post-incendie a été menée. Inscrivez-vous aux alertes locales et suivez la vigilance pluie-inondation de Météo-France lors des premiers gros orages qui suivent le feu. Lors d'une pluie intense, éloignez-vous des points bas, des ravins et des cours d'eau, même petits : les crues post-incendie sont soudaines et chargées de débris.

SOURCES — VÉRIFIÉES LE 26 AOÛT 2026

Lavabre, Sempere-Torres, Cernesson (1993), Changes in the hydrological response of a small Mediterranean basin a year after a wildfire, Journal of Hydrology, 142 — version française en accès libre : IAHS n° 245 (1997) · BRGM, rapport RP-69494-FR (2020) — ruissellement et érosion post-incendie à Bormes-les-Mimosas · ONF — après un incendie · vos données locales, lues en direct : Mon logement et la carte.

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